26/05/2017

V. Klemperer, linguiste juif, étudia l'influence du nazisme sur la langue de l'époque. Similitudes avec l'influence de l'impérialisme français sur le français.

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Français - langue du IIIe Reich : similitudes

0 « Combien de temps faudra-t-il à ces enfants pour enlever les immondices nazis de leur tête ? » (V.Kl.), in : Viktor Klemperer, Arte 15/11/04 – 23.55

Viktor Klemperer  s'exprimait ainsi à l'égard des enfants drillés par le nazisme pendant la seconde guerre mondiale.

NDLR -- Idem pour les enfants du sud de la Belgique, drillés par la propagande impérialiste francophone:

-  communauté "française", "frontière" linguistique;

- français : son "universalité", la "francophonie", la "francité", face aux "patois" wallon(s) et luxembourgeois;

- l’Autre, c'est le "Flamand", qui parle "flamand", et qui applique le "droit du sol"; etc. 

 

1 Français & Langue du 3e Reich: SIMILITUDES


Klemperer Victor, LTI, La Langue du Troisième reich, Carnets d'un philologue, éd. Albin Michel, 1996  /LTI = Lingua tertii imperii/


(p.14) Ce philologue apolitique, /juif allemand,/ qui s'était toujours tenu à l'écart de la respublica, est très tôt conscient que derrière l'hystérie de la langue se profile celle des actes. Ses mots les plus durs, il les réserve à ceux qui auraient dû comme lui le comprendre, à cette bourgeoisie d'origine juive qui se voila la face aussi longtemps que faire se put, à ses collègues, intellectuels « aryens » qui démissionnèrent et s'inclinèrent devant la bêtise. Par lâcheté, par confort et conformisme.

NDLR -- Devant le français, la bourgeoisie wallonne, néerlandophone,
luxembourgophone de Belgique, bretonne, alsacienne, basque, occitane, catalane, corse, ...se voila aussi la face.


(p.20) L'apport de Klemperer à la formation d'une conscience historique fut souterrain et par là même plus profond, décisif. En RDA, pour échapper à l'emprise angoissante de la « présence pleine » des fantômes, on lisait LTI. Et l'on se surprenait, parfois, à la lecture de cette analyse d'une langue pervertie par l' idéologie, à établir d'inquiétants parallèles...

NDLR -- On retrouve également d'inquiétants parallèles avec le français, langue
du jacobinisme...


(p.38) Non, l'effet le plus puissant ne fut pas produit par des discours isolés, ni par des articles ou des tracts, ni par des affiches ou des drapeaux, il ne fut obtenu par rien de ce qu'on était forcé d'enregistrer par la pensée ou la perception.
Le nazisme s'insinua dans la chair et le sang du grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s'imposaient à des millions d'exemplaires et qui furent adoptées de façon mécanique et inconsciente.

NDLR -- Idem avec le français, utilisant ainsi le terme "frontière linguistique"
en Belgique au lieu de "limite linguistique", le terme "Amerloque" ou "Ricain" pour
désigner les Américains, le français utilisé avec le soi-disant accent belge
pour humilier le Belge s'exprimant en français, idem à l'égard des Suisses et des Canadiens francophones.
... A tel point que, parmi les non-Suisses, si l’on parle des Suisses ou si l’on s’attend à en voir parler un, on songera ‘spontanément’ à son accent jugé risible !


(p.38) Mais la langue ne se contente pas de poétiser et de penser à ma place, elle dirige aussi mes sentiments, elle régit tout mon être moral d'autant plus naturellement que je m' en remets inconsciemment à elle. Et qu'arrive-t-il si cette langue cultivée est constituée d'éléments toxiques ou si l'on en a fait le vecteur de substances toxiques ? Les mots peuvent être comme de minuscules doses d'arsenic. On les avale sans y prendre garde, elles semblent ne faire aucun effet, et voilà qu'après quelque temps l'effet toxique se fait sentir.


(p.88) Comme tous les autres penseurs des Lumières qui, en tant que philosophes et encyclopédistes, étaient « ses camarades de parti », avant qu'il fit cavalier seul et commençât à les haïr, Rousseau emploie lui aussi « fanatique » dans un sens péjoratif. Dans La Profession de foi du vicaire savoyard, il est dit de l' apparition de Jésus parmi les zélateurs juifs : « Du sein du plus furieux fanatisme la plus haute sagesse se fit entendre. »


Mais peu après, quand le vicaire, en porte-parole de Jean-Jacques, s'en prend presque plus violemment à l'intolérance des encyclopédistes qu'à celle de l'Église, on peut lire dans une longue note : « Bayle a très bien prouvé que le fanatisme est plus pernicieux que l'athéisme, et cela est incontestable ; mais ce qu'il n'a eu garde de dire, et qui n'est pas moins vrai, c'est que le fanatisme, quoique sanguinaire et cruel, est pourtant une passion grande et forte, qui élève le cour de l'homme, qui lui fait mépriser la mort, qui lui donne un coeur et qu'il ne faut que mieux diriger pour en tirer les plus sublimes vertus : au lieu que l'irréligion, et en général l'esprit raisonneur et philosophique, attaché à la vie, efféminé, avilit les âmes, concentre toutes les passions dans la bassesse de l' intérêt
particulier, dans l'abjection du moi humain, et sape ainsi à petit bruit les vrais fondements de toute société. »

Ici, le renversement de valeur qui fait du fanatisme une vertu est déjà un fait acquis. Mais, en dépit de la renommée universelle il est resté sans effet, isolé dans cette note. Dans le romantisme, la glorification non pas du fanatisme mais de la passion (p.89) sous toutes ses formes et pour toutes les causes relevait de Rousseau. À Paris, près du Louvre, se trouve un ravissant petit monument qui représente un tout jeune tambour qui s'élance. Il bat la générale, il réveille la ferveur avec les roulements de son tambour, il est représentatif de l'enthousiasme de la Révolution française et du siècle qui l'a suivie. Ce n'est qu'en 1932 que la figure caricaturale de ce frère de l'enthousiasme qu'est le fanatisme passa la porte de Brandebourg pour la première fois. Jusque-là, le fanatisme était demeuré, malgré cet éloge discret, une qualité réprouvée, quelque chose qui tenait le milieu entre la maladie et le crime.


(p.90) (...) ; le national-socialisme étant fondé sur le fanatisme et pratiquant par tous les moyens l'éducation au fanatisme, « fanatique » a été durant toute l'ère du Troisième Reich un adjectif marquant, au superlatif, une reconnaissance officielle. Il signifie une surenchère par rapport aux concepts de témérité, de dévouement et d'opiniâtreté, ou, plus exactement, une énonciation globale qui amalgame glorieusement toutes ces vertus. Toute connotation péjorative, même la plus discrète, a disparu dans l'usage
courant que la LTI fait de ce mot. Les jours de cérémonie, lors de l'anniversaire de Hitler par exemple ou le jour anniversaire de la prise du pouvoir, il n'y avait pas un article de journal, pas un message de félicitations, pas un appel à quelque partie de la troupe ou quelque organisation, qui ne comprît un « éloge fanatique » ou une « profession de foi fanatique » (...).

NDLR -- Influence de la philosophie de Rousseau avec le fanatisme sur le nazisme...


(p.114) La dérision, qui, en ce temps-là, était à l'oeuvre contre la volonté du législateur, a été délibérément employée par le gouvernement nazi ; il ne voulait pas seulement mettre les Juifs à l'écart, il voulait aussi les diffamer ».

NDLR -- La "civilisation "française" a aussi utilisé la dérision contre les communautés linguistiques bretonnes (ex.: Bécassine), corses (cf les propos racistes récents dans une émission télé française traitant les hommes corses de zoophiles), ...


(p.115) (...) la tradition est repoussée sans ménagement lorsqu'elle est hostile au principe national. Ici entre en jeu une caractéristique typiquement allemande (...)

NDLR -- Ainsi, en Belgique, on peut voir une tentative de certains francophiles d'orienter l'esprit des marches folkloriques militaires de l'Entre-Sambre-et-Meuse vers le "souvenir" napoléonien. Or, ce folklore à caractère religieux n'a rien à voir avec la commémoration des victoires de ce dictateur...


(p.116)  la manie de faire les choses à fond [Gründlichkeit]. Une grande partie de l'Allemagne a été colonisée par les Slaves, et les noms de lieux rappellent cette donnée de l'histoire. Mais tolérer d' autres noms de lieux que des noms germaniques va à l'encontre du principe national du Troisième Reich et de sa « fierté raciale ». Ainsi, la carte géographique est-elle épurée jusque dans les moindres détails. En lisant un article de la Dresdener Zeitung du 15 novembre 1942 . « Noms de lieux allemands à l'Est », j'ai noté ceci : Dans le Mecklembourg, on a supprimé l'annexe « Wendisch »
[Sorabe] du nom de nombreux villages, en Poméranie, on a germanisé 120 noms
de lieux slaves, environ 175 dans le Brandebourg, et les patelins de la vallée de la Spree ont été germanisés tout spécialement. En Silésie, on est parvenu à 2 700 germanisations, et dans la circonscription de Gumbinnen – où c'étaient surtout les terminaisons lituaniennes « racialement inférieures » [niederrassig] qui choquaient, et où, par exemple, on a rendu  Berninglauken » plus nordique [aufnorden] en le changeant en « Berningen »-, dans la circonscription de Gumbinnen, donc, sur 1 851 communes, pas moins de 1 146 ont été débaptisées.



(p.117) Le"Gau de la Warta", créé le 26 octobre 1939, s'étendait sur une partie de Pologne occidentale comprise entre Lodz (Litzmannstadt), Poznan (Posen) et Inowroclaw (Hohensalza). Le Gauleiter Arthur Greiser s'y rendit responsable de déportations massives et de l' extermination de Juifs et de Polonais en vue d'une " dépolonisation " /Entpolonisierung/ et d'une " germanisation " /Eindeutschung/ .

NDLR -- Les promoteurs du français ont eu et ont conservé la fâcheuse tendance de franciser pratiquement tous les noms de lieu non francophones sur le territoire devenu francophone...



(p.182) L' Essai sur l'inégalité des races humaines de Gobineau, qui parut en quatre volumes de 1853 à 1855, est le premier à enseigner que la race aryenne est supérieure, que la pure germanité est l'aboutissement de la race humaine et même la seule digne de ce nom, et qu'elle est menacée par le sang sémite qui s'insinue partout, dont on doute fortement du caractère humain. Tout ce dont le Troisième Reich a besoin pour son assise philosophique et pour sa politique est réuni ici, toute application et tout développement ultérieurs, pré-nazis, de cette doctrine renvoient invariablement à ce Gobineau. Lui seul est ou semble être - je laisse cette question en suspens - l'auteur responsable de l'idéologie sanguinaire.
(...) L'idée originale de Gobineau n'était pas d'avoir divisé l'humanité en races, mais plutôt d'avoir relégué le concept général d'humanité au second rang par rapport aux races devenues autonomes, et d'avoir opposé de manière fantaisiste, au sein des races blanches, une race de seigneurs germanique à une race de parasites sémite. Gobineau avait-il sur ce point de quelconques précurseurs ?



(p.185) Le comte Arthur de Gobineau joue un rôle plus important dans l'histoire de la littérature française que dans les sciences naturelles, mais il est caractéristique que cette influence ait été reconnue plus tôt du côté allemand. Dans toutes les phases de l'histoire de France qu'il a vécues - il est né en 1816, mort en 1882 -, il s'est senti spolié de ce qu'il croyait être le droit seigneurial que lui conférait son ascendance noble, spolié de ses potentialités individuelles, par le règne de l'argent, de la bourgeoisie, de la masse aspirant à l'égalité des droits, par la domination de ce qu'il désignait sous le nom de démocratie, qu'il haïssait et dans laquelle il voyait le déclin de l'humanité. Il était convaincu de descendre, en droite ligne et de sang non mêlé, de la noblesse féodale française et de la haute noblesse franque.

NDLR -- No comment.


(p.218) (.) quel fut le jour le plus difficile pour les Juifs dans ces douze années d'enfer ?

Je me repose aujourd'hui la question que je me suis posée, que j'ai posée aux personnes les plus diverses des centaines de fois déjà : quel fut le jour le plus difficile pour les Juifs dans ces douze années d' enfer ?
Jamais je n'ai obtenu de moi, jamais non plus des personnes interrogées, une réponse autre que celle-ci : le 19 septembre 1941.


À partir de cette date, il fallut porter l'étoile jaune, l'étoile de David à six branches, le chiffon de couleur jaune qui signifie, aujourd'hui encore, peste et quarantaine et qui, au Moyen Âge, était la couleur distinctive des Juifs, la couleur de la jalousie et du fiel dans le sang, la couleur du mal qu'il faut éviter ; le chiffon jaune avec son impression à l' encre noire : « Juif », le mot encadré par les lignes des deux triangles encastrés l'un dans l'autre, le mot tracé en grosses capitales qui, de par leur espacement et l'outrance de leurs horizontales, simulent les caractères hébraïques.

NDLR -- Les élèves qui avaient été pris en train de parler leur langue maternelle au lieu du français à l'école en Flandre, à Bruxelles, en Wallonie, dans l'Arelerland, en Bretagne, en Occitanie étaient punis. Quand un élève était surpris - souvent par délation -, il recevait une marque symbolique (signet, ...). En certains endroits, le dernier élève à recevoir le signet pendant la journée avait une retenue, en d'autres, tous les élèves pris étaient punis; ... Plus grave encore, un témoignage télédiffusé sr la Bretagne relate un véritable supplice infligé aux enfants d’une école. L’écolier pris à parler breton était pendu par les pieds à la façade de cette école, en pleine rue, et devait rester ainsi pendant rès de 10 minutes. Personne n’a jamais osé réagir…



(p.280) Ce qu' il y avait d' étonnant ici, c' était l' impudente grossièreté de ces mensonges, qui transparaissait dans les chiffres; la conviction que la masse ne pense pas et qu'on peut parfaitement l'abrutir est à la base de la doctrine nazie.

NDLR -- La propagande française et francophile fait de même. Elle a ainsi encore tu la collaboration effective entre la France et l'Irak, sous la coupe de Saddam qui n'a pas hésité à torturer des milliers de ses citoyens sans oublier la négation par la France de son implication dans le génocide rwandais (1.000.000 de morts).

 

(p.363) RESISTER DANS LA LANGUE

La résistance qui se déploie ici ne prend pas la forme du coup d'éclat, de l'action guerrière, elle donne corps à une stratégie de l'endurance, de la persévérance, face à l'adversité la plus extrême et en dépit du danger de tous les instants. Le résistant muet, en (p.364) apparence soumis et apraxique qu'est Klemperer, lance le défi le plus insensé qui soit : celui de maintenir et d'incarner la continuité de la raison, de la pensée critique, de l'identité civilisée lorsque tout se défait, lorsque tout  nage dans la même sauce brune ». Il est celui qui mise, au péril de sa vie (découvertes, ses notes le condamneraient à coup sûr au camp, voire à la chambre à gaz), sur l'ininterruption du travail d'élucidation dévolu à l'intellectuel - lors même que le poison des mots et des opinions distordus s'infiltre partout et que l'« épidémie » n'épargne rien ni personne.

NDLR -- Il faut également dépasser le discours jacobin qui étouffe la liberté de la raison.

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